Il y eut d'abord les paillettes d'un siècle nouveau
Des femmes en robes longues, des épingles à chapeaux
Se déliant et se libérant de leurs corsets.
Les premières Gauloises que les hommes fumaient
Dans les guinguettes des bords de Seine ou de Loire
Il y eut le Montmartre des peintres et du Bateau-lavoir
La fin de la bande à Bonnot, les premiers Tangos
Les premières fièvres du Métro
Les bourgs vivants aujourd'hui hameaux
C'était l'été, champs de blé parsemés de bleuets
De marguerites, de coquelicots
Attendant la faux et le couteau
C'était la promesse d'une aube nouvelle, la paix.
Puis vint le temps des voyageurs
Partant sans bagage laissant là leur labeur
Troquant femmes, enfants et fiancées
Pour un uniforme mal coupé, un képi cabossé.
Ils comprirent vite que cette guerre n'avait aucun sens
Et dont l'utilité vint à ne plus être évidence
De faux espoirs en faux espoirs
De dernières batailles en dernières batailles
Impossible pour ces hommes de prévoir
La fin des combats, la fin de la mitraille.
Déjà la propagande battait son plein
Et chacun perdait un ami en chemin
Les mobilisés de la première heure
Vivaient là l'enfer, l'horreur
Entre les meurtres hier
Et les morts qui vous hantent
La moisson sera meurtrière
Et les vendanges sanglantes
Automne
Saison de pluie, de feuilles mortes et de terre
Des lignes de fronts, des hommes qui s'enterrent
Fête des morts et du marbre scellé
Des veuves voilées et des rêves brisés
Saison de la souffrance et des corps mutilés
Le prénom d'une mère une dernière fois hurlé.
La fournaise des combats, Ouragans de fer et de feu
Nos seuls compagnons, les corbeaux et Dieu
Hiver
Saison des tracas de la nature
Des pieds gelés, de la froidure
Des vents qui gercent et coupent la peau
A peine protégée de quelques oripeaux
Saison de misère, de rations et de faims
Trêve d'un soir, sans trompette ni tambour
On ne rêve plus, le combat reprendra demain
Alors, l'on prie toujours un Dieu... sourd
Printemps
Saison des amours sans amour et des lettres perdues
Des appels au secours, des fiançailles rompues
Des femmes trop seules et des tromperies
Des enfants naissant trop loin, des jalousies
Saison de la vie qui ne se montre plus
D'une nature carnivore qui dévore le poilu
Des paysages lunaires où seule la mort pousse
On n'appelle plus Dieu à la rescousse
Je ne vivrai pas assez
Pour vous conter un nouvel été
A mon tour de tomber au champ d'honneur
Sous l'œil amusé d'un Dieu menteur
Alors ces mots écrits dans la boue
Je vous les dédie, ils sont pour vous
Ils ont la force d'une vie d'autant plus intense
Qu'elle tutoyait l'abîme et quand j'y pense
Elle dévisageait la mort à longueur de secondes.
J'espère simplement m'être battu pour un meilleur monde
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